- Bonsoir Louis!
- Bonsoir, Monsieur de Lodz!
- Je voulais vous demander: accepteriez-vous de me tenir compagnie en mon hôtel, le lendemain de Noël?
- Moi?
- Mais bien sûr!
- En vérité, Monsieur, je ne puis: mon incivilité, mon habit…

Louis était rouge de surprise et de confusion. Non, jamais, il n’oserait venir à l’hôtel de Luynes. Il aurait bon air, avec son habit grenat et ses manières de paysan, parmi les jeunes seigneurs à perruques et à talons rouges qui feraient la révérence dans les salons. Non, vraiment…

- Pardonnez-moi, Monsieur, de vous remercier, en vérité, je ne puis.

Henri cessa de sourire. Ses yeux bleus virèrent au noir. On commençait déjà à les regarder. Il prit Louis par le bras et l’entraîna avec lui. Louis n’aurait jamais cru qu’un bras si frêle pût être si brutal.

- Que croyez-vous donc, Louis? Je suis toujours seul et n’ai point d’amis. Je ne vous demande pas de gâter votre jour de Noël en ma compagnie, je vous prie seulement de me faire l’amitié de venir partager un seul jour ma solitude, alors que Noël est une si grande fête dans mon pays. Je vous demande à vous – il appuyait sur ces deux mots – de me faire cette amitié, car vous savez bien que je ne connais personne ici que vous, que je ne veux rien demander à personne ici qu’à vous…

Serge Dalens

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