Philippe de Baer, illustrations Pierre Forget, Alsatia 1959

loulouPassionnante, cette enquête policière. Et le Commissaire Privas qui a deux cartes à jouer, le Valet de Pique et le Roi de Cœur, découvrira-t-il la vérité ?

La vérité, seul Loulou des Brousses la connaît mais il ne veut pas trahir son ami. Que s’est-il passé ce jeudi-là ? Le matin, la chère Maison des Brousses au passé plein de charme a été dynamitée pour laisser la place à une déviation d’autoroute. Loulou des Brousses, son grand-père, et son ami François Mangerfaut ont assisté, désolés, à la scène. Mais ensuite ? A la faisanderie, propriété des Mangerfaut est survenue une scène terrifiante dont, avec Loulou, nous sommes témoins. Le Putois, personnage veule et violent est retrouvé tué, sur une vieille souche pointue.

Trois policiers.
Trois adultes.
Trois témoins.

Enferré dans ses mensonges, François cherche à fuir cette situation de cauchemar. Il d »laisse son ami Loulou qui de toutes ses forces essaie de l’aider sans le trahir. Alain, le nouveau venu, est certes un joyeux bon garçon, mais cela ne justifie pas l’abandon de Loulou. Et la police ? Le commissaire, les inspecteurs, chacun a son idée et la suit. Lequel des trois a raison ?

Et les adultes ? C’est à ce niveau que le roman décroche d’une simple enquête policière pour atteindre au secret des âmes. Trois adultes présentés sont admirables. Car tous les trois savent et tous les trois cherchent à sauver François. Le vieux père Benoît que le père de François a secouru naguère et qui veut payer sa dette de reconnaissance en s’accusant du meurtre, le Commissaire que son intuition ne trompe pas mais qui respectera le dernier message du vieux père Benoît.

Mais c’est la personnalité du prêtre, le Père Ceinturon, qui est la plus profonde. C’est lui qui réellement sauvera François et le libèrera, le rendant ainsi à la vie et à la joie, et à ses amis. Trop petit et trop faible, Loulou ne pouvait rien sinon souffrir en silence. Et les témoins ? A vous de les découvrir. Les pistes sont brouillées.

Trois adolescents, trois adultes et bien d’autres encore, sans oublier le tout petit peuple des animaux des bois.

C’est une œuvre très puissante que Bruno Saint-Hill nous offre ici. Une fois encore la puissance d’évocation de son style nous transporte non seulement au cœur du drame, dans l’intimité de chacun des protagonistes, mais aussi dans les maisons des uns et des autres. Non seulement nous participons à l’enquête mais nous nous promenons aussi dans les bois, le long de la rivière et nous partageons la vie des pittoresques habitants de la petite ville de Bellegarde. C’est une œuvre pleine d’espérance, au message clair. Non, les adultes ne sont pas contre les adolescents, mais au contraire, ils sont là, attentifs pour les aider à passer la frontière. C’est une œuvre inépuisable et l’on n’en finit pas d’en découvrir l’un ou l’autre aspect. Non seulement l’intrigue est passionnante, mais ce roman suscite aussi de nombreuses réflexions et pourrait être le point de départ de discussions sérieuses. Aussi devrait-il figurer avec grand profit dans les cercles de lectures des jeunes de moins de treize à quinze ans.

Anne Danguy des Déserts

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