21 juin 2007
Le Kouros et le Chasseur noir
Trois posts, là, là et là, sur l'éternelle polémique "Le SDP est-il une collection pédophile" et les dessins de Joubert sont-ils, à l'instar des romans de la collection, "sulfureux" ?
L'auteur du blog laisse de côté l'analyse des romans de la Collection (de toute façon très dissemblables, autant d'auteurs, autant de fantasmes) pour se consacrer uniquement à la façon dont Joubert représentait l'adolescence, encore plus que l'enfance. Car c'est vrai que si les minots de Joubert sont souvent à croquer, sa peinture de l'adolescence est idéalisée dans une esthétique sublimée, mais à mon avis plus proche du platonisme (et du néo-platonisme) que de l'idéal chrétien. Il est même tout à fait dans ce courant d'érotisme juvénile, qui voit en la figure du kouros (et non de la fille, de la korê) le reflet sensible de l'Eros divin (encore qu'à côté des adolescents alanguis et langoureux de Michel Gourlier, ceux de Joubert aient la vénusté délicate du XV de France...).
Cet état de grâce passager, voué à la destruction du temps, qui ne tient qu'à l'âge et à la beauté, c'est l'idéal grec de l'adolescence, reflet du divin selon ce cher Platon. Or, bien que n'étant pas spécialiste en spiritualité chrétienne, il me semble bien que pour le christianisme, c'est plutôt l'innocence qui affranchit du péché originel et non la beauté, c'est-à-dire l'innocence de l'enfance, car au rebours de l'enfant présenté justement en modèle spirituel, l'adolescent n'existe pas dans les Evangiles, alors qu'il est sur-représenté dans l'imaginaire grec. C'est le philosophe ou l'amateur de jeunes garçons d'Athènes, de Sparte, de Thèbes ou d'Alexandrie qui considérait qu'il y avait "chute", donc perdition du Divin en gros avec la pousse de la première barbe. Pour le chrétien, l'innocence s'en va dès la puberté, donc le début de l'adolescence en toute logique. C'est peut-être pour ça que Joubert a pu paraître si "sulfureux" à un monde très marqué par le chistianisme latin, c'est-à-dire très anti-néoplatonicien.
Sur la question du Beau et du Bien, "les bons sont-ils les beaux ?" il y a toujours eu deux courants en Europe (on va laisser de côté les Puritains américains qui n'en sont qu'un surgeon). L'un, très suivi d'ailleurs à l'âge d'or médiéval (celui du 12° siècle), voyait effectivement une corrélation entre l'âme et le corps, et même dans les carnations. Le mauvais est laid, brun de peau et de poils et surtout difforme, marqué du diable puisque l'homme est à l'image de Dieu. Le preux est beau, a la face claire, et sa blondeur est signe de "droiture" (fair en anglais garde ce double sens). Mais dans cet imaginaire c'est moins la jeunesse du héros qui est sublimée, que le fait que cette jeunesse implique sa virginité, et donc l'absence de péché. Il y eut plus tard réaction religieuse et morale contre le corps, une certaine défiance envers la beauté visible vue comme occasion de péché (encore que cela ait visé beaucoup plus les attraits féminins), et une opposition presque gnostique entre la chair et l'âme : "le corps, cette guenille". C'est finalement une particularité de la civilisation chrétienne occidentale d'avoir vu dans l'idéalisation érotique de la beauté visible un détournement de la piété vers une forme d'idolâtrie. Dans les mondes marqués par l'héritage platonicien et plotinien, tel l'islam, on ne se pose pas la question, et la figure de l'adolescent(e) "parfait" ou "Témoin" de Beauté comme disent les mystiques persans (et pas plus néoplatonicien qu'un Persan) n'est pas du tout considérée comme "sulfureuse" mais c'est au contraire la tarte à la crème des étapes mystiques.
Sur les bandes de jeunes dans l'oeuvre de Foncine, ces "chasseurs rusés" et organisés en sociétés secrètes, vivant avec prédilection dans l'ombre et hors des lois, et sur leur refus d'entrer dans le monde adulte, de sortir de l'âge d'or, celui de la forêt sauvage, pour rentrer dans la Cité, on se reportera utilement au Chasseur noir de Pierre Vidal-Naquet.
Sandrine Alexie
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On note également, sur le même blog, plusieurs articles consacrés à la collection Signe de Piste (fouillez pour en voir plus, on n'a pas tout lu) :
--> Jean-Louis Foncine <--
--> Tourisme : au pays du Signe de Piste <--
17 juin 2007
Pierre Joubert sur soie
Anecdote : Pierre Joubert remportant le 13ème prix d'un concours de peinture sur soie. On retrouve sur cette création la posture du scout et le drapeau d'une carte postale réalisée pour le Jamboree de Moisson en 1947 ainsi que la tête d'un personnage des Trois pastoureaux. Pour le reste, chercher du côté de Frison-Roche...
--> Voir le site <--
05 mai 2007
Pris sur le vif
Notre correspondant spécial en Belgique, Fauvette, nous fait parvenir un article paru hier dans Le Vif-L'Express (cliquez dessus pour agrandir):
16 janvier 2007
Tout ce qu'il pouvait donner...
Serge Dalens a beaucoup apporté à ses lecteurs. Voici trois témoignages, parus dans La Gazette de Birkenwald n°10, bien différents les uns des autres. Pourtant on retrouve dans chacun ce même sentiment d'émerveillement devant l'oeuvre de Serge Dalens, et l'homme qu'il était.
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Le premier livre lu de Serge Dalens fut "La Mort d'Eric"! Hasard d'un cadeau pour mes douze ans ! La série complète d'Eric a suivi, puis les Voleurs, les Lépreux et les Mik (dans les éditions Safari).
Plus tard, devenu adulte, lors des parutions des tome 5 et 6 des Eric ou d'autres romans (Six Foulards verts), je n'ai jamais cessé de compléter les collections et ne me suis jamais caché de les lire et les relire.
Son oeuvre m'a permis de comprendre ou plutôt de confirmer, au seuil de l'adolescence, que deux voies s'ouvraient : Les ténèbres, l'ennui ou la banalité et la Lumière, l'Honneur et le Service.
Je n'ai jamais pu rencontrer Serge Dalens ; ce que je regrette. Adulte, j'aurais aimé le rencontrer pour lui dire "Merci Monsieur! Merci pour nous rappeler que l'Espérance perce toujours les noirs nuages. Merci pour nous guider et nous faire remarquer l'Etoile Polaire qui est au fond de chacun d'entre nous.
GH
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J'ai connu le SDP il y a quelques lustres, encore adolescent, par le biais d'un concours que la maison d'édition organisait. Il portait sur une dizaine de titres et parmi ceux-ci il y avait le Bracelet. J'aimais lire et ce fut l'occasion d'un cadeau qui allait avoir bien des conséquences.
Parce qu'après le Bracelet, il y eu tous les autres....et bien que frôlant désormais la cinquantaine c'est toujours avec le même intérêt que je lis, que je fais lire aussi les livres de Dalens.
Il y eu surtout, chez un adolescent d'alors une lettre toute simple vers cet auteur qu'il ne connaissait pas....La lettre disait simplement l'appréciation que je portais à ses livres...et il y eu un beau matin la réponse, de cette écriture inimitable, de cet auteur là ! Et quand on connaît Serge, avoir une lettre était quelque chose de rare car il était littéralement submergé par le courrier...
J'ai eu le grand bonheur de le rencontrer, de parler "coeur à coeur", d'être accueilli comme un membre de la famille.
Je ne peux résumer en quelques lignes toutes ces années où malgré l'éloignement géographique constant et, tant son activité que la mienne nous prenaient trop de temps, s'est établi une amitié, une profonde affection.
J'ai le souvenir de Serge généreux ; généreux de son temps, généreux de ses conseils, généreux de son amitié !
L'oeuvre de Serge est porteuse d'Espoir, pas d'un espoir amoindri et facile que l'on atteindrait sans efforts et sans lutte mais d'un Espoir pour les coeurs à la recherche des valeurs les plus essentielles et qui tendent tellement à disparaître....L'Honneur d'être un homme (je songe à cette description de Kipling...).
JLN
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Personnellement j'ai découvert Dalens, en septembre 1968, j'avais douze ans et demi, au travers du "Prince Eric", que notre titulaire de première année d'humanités à l'Institut St Boniface à Ixelles (commune voisine de Bruxelles), nous lisait, page après page, faisant vivre en nous les personnages, lorsque nous avions bien avancé dans la matière.
J'avais alors surtout été impressionné par les intitulés des chapitres en périphrases, à la mode d'autrefois, sans pour autant être dénués d'humour, mais où l'auteur savait interpeller son public, comme dans ce court chapitre d'à peine une page, véritable dialogue entre l'auteur et le lecteur impatient de découvrir la suite de l'histoire.
J'ai rencontré Dalens, Foncine, Saint-Hill et Joubert quelques années plus tard à la Foire du Livre de Bruxelles, et ai décroché mes premières dédicaces. Avec sa haute taille, Dalens m'impressionnait et c'est à peine si, la première fois, j'ai osé lui adresser la parole. Avec Foncine, le contact est plus rapidement passé.
De l'oeuvre de Dalens, j'ai comme tout un chacun dévoré la saga du Prince Eric, mais également L'Etoile de Pourpre, qui m'avait à ce point marqué, qu'en première candidature en histoire (on ne parlait pas encore de Baccalauréat), le futur médiéviste et officier supérieur que j'étais, a choisi pour premier thème de recherche bibliographique : Baudouin IV de Jérusalem. La moisson fut mince, à part René Grousset (et quelques notices d'encyclopédie), aucun historien, dit sérieux, n'avait pris la peine d'évoquer la mémoire de ce personnage qui me semblait si fascinant.
En ce qui concerne les Chat-Tigre, par contre, j'ai toujours préféré la "patte" de Foncine, sans doute parce que moins sérieux ou moins sanglant. Je n'ai en effet jamais compris la raison pour laquelle Dalens se sentait obligé, dans chacun de ses ouvrages (romans, récits ou nouvelles), de systématiquement envoyer "ad Patres" l'un ou l'autre de ses personnages ; c'est sans doute pour cela que j'ai également moins aimé la série des Voleurs.
Cependant une chose m'a toujours étonné. Si dans le bureau de mon oncle qui fut commissaire international, général, fédéral, puis à la formation, des Scouts Catholiques de Belgique et ce sans interruption depuis son retour d'Angleterre en 1919 à son décès en 1968, il y avait bien des originaux de Joubert (j'en ai toujours un au dessus de mon bureau), il n'y avait par contre aucun "Signe de Piste" dans la bibliothèque, juste les oeuvres de Baden Powell et des manuels de technique scoute, tant en anglais qu'en français, et bien souvent dédicacés.
Autre souvenir de jeunesse, sans doute au printemps 1972 : avoir monté et joué, en patrouille (j'étais alors S.P.), pour la fête de notre unité scoute bruxelloise (la 44ème B.P.), un passage de La Tache de Vin : l'arrivée des "Norvégiens" au camp avec les descriptions pittoresques que le prince Eric donne de son entourage. J'ai souvenir que les "têtes de lard", les "ballots", les "truands" et les "chameaux" s'en donnèrent à coeur joie.
Fauvette
27 novembre 2006
Revue de Presse
Une semaine après le décès de Bertrand Poirot-Delpech, petite revue de presse. Beaucoup de journaux ont parlé de la mort de l'écrivain mais nous cherchions plus précisément ceux qui citeraient les Signe de Piste. Nous en avons trouvé deux dont voici les articles :
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Le Figaro
14 novembre 2006
Bertrand Poirot-Delpech, écrivain
Etienne de Montety
L'académicien, journaliste et écrivain Bertrand Poirot-Delpech est décédé mardi à l'âge de 77 ans.
Ils étaient quatre amis, François-Régis Bastide (décédé en 1996), Jérôme Peignot, François Nourissier et Bertrand Poirot-Delpech. À l'annonce de la mort de ce dernier, l'académicien Goncourt s'est écrié : « C'est un grand pan de jeunesse qui s'écroule. » Soixante ans d'amitié les unissaient. Bertrand Poirot-Delpech était né à Paris, le 10 février 1929, d'une famille de médecins et d'universitaires. Comme les jeunes gens de sa génération, il avait été formé à l'école du scoutisme et en tirait une grande fierté. Notamment à cause de la formation humaine qu'il y avait reçue : à la Libération il avait - en compagnie de François Nourissier - participé à la mobilisation des jeunes scouts de Paris au service des rescapés de retour des camps, qui étaient accueillis au Lutétia. Cette expérience l'avait fortement marqué. Sous le pseudonyme de Bertrand Mézières, ce jeune homme désargenté et doué avait également écrit un roman pour la célèbre collection d'aventures « Signe de piste », Portés disparus (1958). Ce ne fut pas le seul livre qu'il écrivit sous le masque. En 1976, il avait rédigé un violent pamphlet contre le septennat de Valéry Giscard d'Estaing, signé Hasard d'Estin et intitulé Tout fout le camp.
Ces fantaisies étaient une autre facette d'un homme élégant et discret qui avait fait toute sa carrière au quotidien Le Monde, où il était rentré à vingt-deux ans. Il y avait notamment assuré la chronique des grands procès (1956-1959) et la critique théâtrale, à la suite de Robert Kemp (1960-1972), avant de succéder à Pierre-Henri Simon comme feuilletoniste du Monde des livres.
Il reçut en 1958 le prix Interallié, pour son roman Le Grand Dadais, écrit sur le mode primesautier de l'époque où l'on pouvait lire des phrases comme celles-ci : « Les jeunes feraient sûrement moins de bêtises si on leur montrait qu'en les commettant, ils n'inventent rien. » Parmi ses romans, on peut encore citer Les Grands de ce monde, L'Été 36, Le Golfe de Gascogne. Lauréat de l'Académie française pour son roman La Folle de Lituanie en 1970, il y fut élu en 1986 au fauteuil de Jacques de Lacretelle. Il y fut un membre assidu. Il reçut notamment ses cadets, Michel Serres, Érik Orsenna et René de Obaldia. Se souvenant du critique de théâtre qu'il avait été et de l'amateur qu'il était resté, il s'était notamment offert le luxe de rédiger en alexandrins de scène une partie du discours de réception de l'auteur de Du vent dans les branches de sassafras. Il était le père de la romancière Julie Wolkenstein.
--> Le Figaro <--
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Le Nouvel Observateur
Semaine du jeudi 23 novembre 2006
Le panache et la plume
Jérôme Garcin
C'était un grand adolescent tout droit sorti de la collection « Signe de piste », dont il écrivit un volume, que les préoccupations de l'âge adulte semblaient intimider. Il n'en aimait ni les responsabilités, ni les concessions, encore moins le confort. Sans doute l'enfant de la débâcle de 1940 faisait-il payer au destin d'avoir perdu son père à 10 ans et d'avoir grandi sans repères.
Sur son voilier granvillais, son vélo d'hirondelle ou sa moto de Tintin, ce bourgeois bohème au physique avantageux n'en finissait pas de se fuir. Ecrivain volage, séducteur insoucieux, pianiste du dimanche, habillé de pulls troués, se flattant de ne posséder qu'une seule cravate, il avait habité une garçonnière jusqu'à ses 68 ans. C'était en 1987, date à laquelle il entra à l'Académie française pour mettre un peu d'ordre dans sa vie, sa bibliothèque et ses armoires. Ce qui ne l'empêcha pas de persister, après son élection, dans des genres littéraires et épistolaires où ce khâgneux excellait : le canular, le pastiche, le libelle, sans négliger la traque flaubertienne des tics langagiers de la modernité.
«Quand donc cesserez-vous d'avoir mauvais esprit?», lui avait demandé François Mauriac, qui fut son protecteur et s'inquiétait de son avenir. Jamais, aurait répondu le jeune Bertrand, dont la détestation de la grandiloquence, du sérieux pompeux, de l'autofiction et de l'autosatisfaction était une manière de dissimuler sa pudeur maladive. A l'exception du bref « Couloir du dancing », il s'est en effet toujours refusé à parler de lui. A la confidence, ce brillant styliste préférait la raillerie. Beaucoup de ses livres en portent la marque : de son pamphlet anti-giscardien « Tout fout le camp », signé Hasard d'Estin, à « la Légende du siècle » (où Hitler bouffe des rillettes dans le wagon de Montoire en pleurant sur son impuissance sexuelle), en passant par « les Grands de ce monde » (où de Gaulle, au lieu d'aller à Baden-Baden le 29 mai 1968, trinque à la station de métro Balard avec un garde républicain).
Bertrand Poirot-Delpech n'était sérieux que sur les sujets graves. Marqué pour la vie par son expérience de scout accueillant à l'Hôtel Lutetia, en 1945, les rescapés des camps de la mort, il avait écrit, avec « Monsieur Barbie n'a rien à dire », un féroce procès-roman sur le bourreau nazi de Lyon, poursuivi Maurice Papon de toute sa colère rétrospective dans « Un crime de bureau » et recueilli, dans le bouleversant « J'ai pas pleuré », la confession d'Ida Grinspan, arrêtée à 14 ans par la police française et déportée à Auschwitz. Ida réveillait, chez Bertrand, un ineffaçable souvenir. Celui de Youra Riskine, son camarade de seconde au lycée Louis-le-Grand, noté absent un matin de 1943, exterminé à 15 ans. «Ma vocation de journaliste, disait-il, date de là. L'obligation de savoir : un devoir sacré.» Et quel journaliste ! Fidèle au « Monde » et à sa rigueur pendant un demi-siècle, il a été successivement chroniqueur judiciaire, critique dramatique et feuilletoniste littéraire, il avait la passion du métier et l'enthousiasme contagieux. Car ce persifleur-né aimait aimer.
Si l'on veut aujourd'hui se faire une juste idée de Bertrand Poirot-Delpech, il faut ouvrir son essai paru en 2001 : « J'écris Paludes ». Il y raconte pourquoi il relit, une fois l'an, la sotie d'André Gide, ce «traité narquois de la velléité et du fiasco, sur fond de mondanités grisâtres». Et il explique, entre les lignes, comment il est devenu un écrivain de la famille si française des sceptiques ricaneurs, des lyriques contrariés et des hussards de gauche. Né en 1929, comme Bernard Frank, le romancier de « l'Eté 36 » vient de rejoindre l'essayiste de « la Panoplie littéraire » au paradis de l'insolence, où les dieux fatigués s'amusent enfin.
--> Le Nouvel Observateur <--
15 novembre 2006
Décès de Bertrand Poirot-Delpech
Plus connu des lecteurs de Signe de Piste comme Bertrand Mézières, auteur de Portés disparus (sdp n°99, 1957), le journaliste, romancier et essayiste Bertrand Poirot-Delpech, membre de l'Académie française, est décédé mardi à son domicile parisien des suites d'une maladie, à l'âge de 77 ans.

En 2003, à l'Institut de France
Lire l'article du Monde :
--> Bertrand Poirot-Delpech, l'académicien du "Monde", est mort <--
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23 septembre 2006
Christian Guérin, le 20ème siècle et le Signe de Piste
Le fameux article de Christian Guérin est maintenant accessible en ligne pour tout le monde, sur Persée. Nous vous en proposons ici quelques lignes (le début). Suivez le lien pour avoir l'intégralité...
LA COLLECTION SIGNE DE PISTE
POUR UNE HISTOIRE CULTURELLE DU SCOUTISME EN FRANCE
Christian Guérin
Le prince Éric, Le bracelet de vermeil, les illustrations de Joubert: pour des générations, la collection «Signe de piste» a incarné la culture du scoutisme. Parce qu'elle jouait sur un système de représentations pourvu d'une grande cohérence pédagogique et affective, elle sut imprégner tout un imaginaire individuel et collectif, dont la vigueur et les traces justifient amplement l'analyse.
Signe de piste » (« SDP ») tient une place tout à fait à part dans l'univers des collections romanesques destinées à la jeunesse. Cette collection est créée par Alsatia, la maison d'édition colmarienne, à la veille de la seconde guerre mondiale ; mais elle s'en sépare à la fin des années 1960, comptant alors à son actif 201 romans (305 si l'on y ajoute ceux des «collections-filles»), pour chercher à subsister comme entité autonome, forte d'une identité très marquée, chez d'autres éditeurs. Elle naît aussi dans le giron du scoutisme catholique ; mais elle en est officiellement exclue dans la seconde moitié des années 1950. Par ailleurs, ses deux auteurs-phares, qui l'ont également dirigée, Serge Dalens et Jean-Louis Foncine, peuvent se prévaloir d'être les écrivains français pour la jeunesse ayant réalisé de leur vivant les plus gros tirages ; mais «Signe de piste» ne s'est jamais appuyé sur une publicité «grand public», ni sur un réseau de distribution puissant. Enfin, comme pour toute entreprise éditoriale, le propos du «Signe de piste» fut commercial, mais il n'a jamais occulté une ambition plus large et très ancienne, celle de forger un «esprit SDP» animant une «grande famille» sinon un «clan», avec ses sectataires, ses grands prêtres, ses vieux sages, ses organes de communication interne ; aussi ses meilleurs ouvrages, et surtout les plus anciens, des «classiques», simples livres brochés pourtant, atteignent-ils aujourd'hui des prix inattendus chez les bouquinistes1, le «culte» rendu par les initiés étant ici plus en cause que l'esprit de lucre.
Si l'on ajoute que «Signe de piste» se trouve pris, au début des années 1960, dans une vive polémique qui démontre à quel point la collection fut susceptible de délier les passions2, et qu'elle est entourée d'une sulfureuse aura dans laquelle les prises de position enflammées de Gabriel Matzneff, les révélations de Leila Seibar ou l'impertinence espiègle de la revue Recherches n'entrent pas pour rien, on cernera mieux le caractère profondément original du phénomène. Qu'a donc eu cette collection de si extraordinaire ?
--> Pour avoir la réponse <--
Référence bibliographique : Vingtième Siècle. Revue d'histoire, Année 1993, Volume 40, pages 45 à 61.
15 août 2006
Saint-Ex, les boy-scouts et les Signe de Piste
Quelques extraits de l'édito de l'édito de Michel de Jaeghere dans le Figaro hors-série Saint-Exupéry:
"Soudain, la moue se fait condescendante, le regard narquois, le sourire entendu: « Saint-Exupéry ? Un peu boy-scout quand même ! » Nos commissaires des lettres ont statué une fois pour toutes : Saint-Exupéry n’est pas de ces écrivains avec qui il faudrait compter. Le regard trop clair, l’âme trop généreuse, le propos trop élevé. On ne fait pas de bonne littérature avec des bons sentiments. On ne dénoue pas l’écheveau de ses contradictions dans l’odeur d’un feu de camp. On ne fait pas pleuvoir les sentences morales comme un frère prêcheur exalté. L’époque est sans pitié pour ces naïvetés. Elle est revenue de tout, elle s’en honore. Elle n’admet la sincérité que dans les confidences sordides, le vent de l’aventure que s’il permet d’instruire le procès des aventuriers. Ses ailes de cafard l’empêchent de rêver. Saint-Exupéry, à ses yeux, est tout juste bon pour la collection Signe de Piste : un adolescent attardé, qui a eu le bon goût de mourir avant que l’héroïsme ne soit définitivement démodé."
Hugo Pratt
"Le boy-scout, après tout, n’avait eu qu’une existence très banale, un destin ordinaire en comparaison de la vie trépidante qu’offrent les brasseries de Saint-Germain-des-Prés. Il avait été pionnier de l’aviation, pilote d’essai, il avait ouvert des lignes dans le Sahara, inauguré des vols de nuit dans la Cordillère des Andes. On ne comptait plus ses accidents, ses pannes, les sauvetages dont il avait été l’instigateur ou l’objet. Il avait été chef de poste dans le désert, face à l’irrédentisme des tribus maures, concurrent du rallye Paris-Saigon, grand reporter sur le front de la guerre d’Espagne. Il avait connu des amours de légende, ravi les cœurs de quelques-unes des plus belles femmes de l’entre-deux guerres ; il avait ébloui ses amis par ses tours de cartes, son appétit de steak au poivre, sa capacité à engloutir des hectolitres de café."
" L’écrivain avait évoqué la solitude du cœur et fait revivre la poésie des grands espaces ; donné ses lettres de noblesse à l’art de vivre dans le désert et fait surgir la nostalgie des maisons de famille serties de tilleuls et de sapins noirs comme l’image même d’un paradis perdu ; il avait célébré la foi des bâtisseurs de cathédrales et communiqué ses angoisses et ses inquiétudes par la seule vibration de sa phrase ; il avait exploré les méandres de l’incommunicabilité des êtres et évoqué comme personne la chaleur de l’amitié, renouvelé le genre du roman d’aventures et ranimé le feu du Cantique des Cantiques ; il avait fait entrer la saga de l’Aéropostale dans la légende dorée de l’épopée française et brossé le tableau le plus vrai de la guerre de 39-40 ; il avait fait de ses souvenirs une chanson de geste et marié les contes pour enfants à la métaphysique ; il avait imposé à chacun de ses récits un rythme cinématographique, et donné à son écriture la couleur même de la mélancolie. Il avait tenté la synthèse du Beau, du Bien, du Vrai, et il l’avait réalisé."
"On a cru le mettre à l’écart en le cantonnant aux rayonnages de la littérature adolescente. On n’en finira pas avec ses sortilèges, tant qu’il y aura des livres. Les siens restent imprégnés par une qualité d’âme, une droiture de caractère, ils dégagent une chaleur humaine, brûlent d’une exigence qui fondent leur royauté. Ils n’ont pas conjuré la crise de la civilisation moderne qu’ils avaient annoncé. En exaltant au fil des pages l’esprit de sacrifice, le sens des hiérarchies, la poésie de l’action, le goût du travail bien fait, de la maison et du métier, la richesse du silence, la fécondité de la vie intérieure, Saint-Exupéry n’en continue pas moins à nous en proposer inlassablement les remèdes : comme s’il s’adressait à chacun de nous comme à un ami qu’il voudrait débarrasser de sa gangue pour réveiller en lui « le seigneur endormi » et le rendre semblable au « prisonnier délivré qui s’émerveille de l’immensité de la mer ».











