Les Echos de Nampilly

Le blog de Nampilly.fr, des fans du Signe de Piste, du roman d'aventure, du Prince Eric...

25 décembre 2008

Joël sous les étoiles

Au même moment, le firmament frémit. La nuit, aux yeux de l’enfant, rosit tendrement, puis parut d’un bleu si transparent et si pur que les étoiles, voilées jusque-là, s’allumèrent en grand nombre. Elles semblaient surgir des profondeurs célestes, toutes ensemble comme les hommes d’une grande armée allant d’un même pas. Leur marche en avant s’arrêta, mais d’une façon curieuse. Les plus lointaines ralentirent d’abord, celles du milieu ensuite, et les plus proches laissèrent se détacher de leur troupe étincelante un astre d’un contour plus net et d’un feu plus vif. Celui-ci glissa tout autour de l’horizon comme s’il cherchait où se poser. Chaque fois qu’il passait dans un segment de ciel, l’espace s’allumait de reflets moirés comme une soie palpitante, et toutes les autres étoiles clignaient d’un mouvement unanime. L’astre continua sa ronde autour de Bethléem. Il ralentit l’allure en illuminant Joël. Au-dessus de la grotte il se fixa. (...)

Des voix, d’abord lointaines, chantaient avec suavité. Peu à peu, elles se rapprochèrent, venant des quatre points de l’horizon, et formant un chœur d’une telle amplitude que la voûte du ciel en renvoyait l’écho:

- Gloire à dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté!

Des formes blanches, indistinctes tant elles étaient rapides, glissaient dans la nuit scintillante. Sans cesse arrivaient des voix et des formes nouvelles. Le chœur éclata, triomphal. La musique était à la fois si belle et si simple, que Joël en saisit le rythme et chanta dans la nuit avec les Anges de la Nativité.

Jean Vergriete

joel
illustration de Pierre Joubert pour Joël sous les étoiles

Est-ce un conte de Noël ou un roman sur la persécution des Juifs de Jérusalem? Est-ce un appel au pardon ou une histoire de trahison? Joël se laissera-t-il entraîner par la vengeance ou sera-t-il touché par la grâce?

Hérode, devenu roi par la volonté des Romains, fait régner sur Jérusalem et les Juifs un climat de peur et d’oppression. Josuah, pauvre ânier juif, élève seul, comme il le peut, son fils Joël, dans la misère mais dans la justice et la bonté.

Un jour, pour pouvoir mieux nourrir Joël, Josuah accepte de participer à un complot contre Hérode. Hélas, les intrigants sont dénoncés, trahis par l’un des leurs, car l’affaire ne visait qu’à renforcer le pouvoir d’Hérode et la gloire de ses soldats. Le père de Joël est arrêté, envoyé aux galères. Joël le reverra-t-il un jour? Probablement pas, car les Romains ne pardonnent pas…

Abandonné, Joël ne sait vers qui se tourner. Il est accueilli par Siméon l’ancien, qui prône le pardon et l’amour et de Dieu, puis par Gad le tourneur, qui réclame vengeance. Quant il retrouve Melluc, le traître, deux voies s’offrent à Joël: le crime en mémoire de son père ou la clémence, pour Eziel, fils de Melluc et ami de Joël.

Et puis, la nuit où son destin va s’accomplir, où Joël a enfin fait son choix, un étrange couple lui demande humblement un abri. Joseph, à la voix si douce, et Marie, sa jeune femme qui va bientôt mettre au monde un enfant, sont trop pauvres pour être accueillis dans une auberge. Joël leur offre ce qu’il possède: une pauvre étable, un trou dans un rocher, un peu de paille, auprès d’un bœuf. Par ce simple geste d’amour, Joël sent sa vie et son cœur se transformer. Et ce qu’il ignore, c’est que, sans le savoir, il vient de donner un Sauveur au monde Chrétien…

Jean Vergriete mêle dans ce roman le tragique d’Israël opprimé à la beauté de la Nativité. A travers Joël et son père, le souvenir de David et de Moïse, c’est l’histoire du peuple juif qui est ici reprise. De Jérusalem à Bethléem, du Temple au Golgotha, l’auteur nous fait vivre avec Joël les quelques semaines qui ont précédées la naissance du Christ, sur les lieux mêmes qu’il parcourra plus tard. Dans la chaleur et la poussière de Palestine, au milieu des caravanes et des soldats, Jean Vergriete raconte la nuit de Noël avec une puissance d’évocation rare. Entre la danse des étoiles et le chant des anges, devant le rosissement du ciel et la lumière de la crèche, on ne peut qu’être ému en assistant, avec Joël, à la naissance de l’Enfant-Roi.

motifange

24 décembre 2008

Tempête sur Nampilly

Douce veillée de Noël chez Montaine, où Blaise et les siens sont arrivés vers onze heures et demie pour conduire tout le petit monde en voiture à la Messe de Minuit au bourg. Ensuite, réveillon à la Faisanderie, très beau film télévisé sur la Nativité dans l'Art. Et Michel a retrouvé sa chambre du cellier.

Autour du sapin, des paquets de couleur, si touchants, de menus cadeaux plus beaux que tout un royaume, dans leur simplicité... De Bernard, de Milou, de Pierrot, de tous. Et de Sylvain, qui, dans une jolie écorce rouge, a gravé au couteau: Vive Nampilly... Enfin une nuit sans menaces, sans fusillades, sans drame. Seule une petite chouette chevêche se lamente, là-haut, sur le pignon de tuile... Michel s'est endormi.

Bruno Saint-Hill

motifange

23 décembre 2008

Ecoute, petit loup - Le Prince Goriouchkine

La nuit, sur toute la sainte Russie, avait commencé comme toutes les nuits de Noël, dans le carillon des cloches sonnant à pleine volée. "Demain, Noël! cette nuit, Noël!" Chacun s'était fait un visage heureux et un coeur de fête.

A la première étoile du soir, les enfants, de porte en porte, avaient chanté les traditionnels koliadki, recevant partout bon accueil et gâteries; les jeunes sapins se dressaient devant les foyers, et les ménagères affairées avaient, selon la coutume, confectionné l'appétissante koutia de riz et de fruits secs. "Demain, Noël!"

Comme toutes les nuits de Noël, avait commencé la veillée chez les Vassilevski. Leur confortable ousadba s'élevait derrière un bosquet de bouleaux, dans l'immense plaine: construite en bois du pays, avec ses fenêtres claires et ses pièces spacieuses, c'était la seule maison d'alentour, hormis la pauvre isba de Piotr le moujik, que l'on devinait à une demi-verste de là, écrasée sous la neige. (...)

Voici le bois de sapins noirs, le petit pont sur la Mejeva, la boucle du grand tournant; voici le village et ses lumières... Le clocher à bulbe de l'église pique le ciel comme une dague au bout d'un poing; les cloches volent, sur la plaine, sur toute la sainte Russie... Noël!

Dans l'église chaude, les lumières palpitent devant les icônes. Les encens répandent leurs parfums lourds, tandis que les voix graves des hommes résonnent solennelles comme un chant d'orgue. Les femmes, inclinées sous leurs foulards blancs, prient. Le pope a élevé le ciboire doré; il étend maintenant les bras...

Igor, pénétré d'une douce émotion, contemple ces feuillages neufs, ces flammes. Son regard s'arrête sur la petite lampe rouge qui scintille, à droite de l'autel.

Maurice Vauthier

motifange

22 décembre 2008

Les Yeux du lac

Noël rassembla la famille de Serrat, Romain et son parrain à Sourcieux. Luce avait réintégré sa grande chambre claire. Tout le monde était aux petits soins pour elle. Le docteur Parquier avait rapporté la statuette en disant: "Finalement, j'ai préféré ne la montrer à personne, car vous ne seriez plus maître de son destin." Alors Romain avait placé le dieu Ara sur la table de chevet. Quand Luce serait rétablie, on aviserait.

Ce Noël-là ne ressemblera pas aux autres. Tout semblait empreint de poésie et de douceur, comme si l'art de vivre des pêcheurs séguviens avait rejoint par-dessus le temps le domaine de Sourcieux. Luce se sentait profondément calme, un calme encore jamais ressenti. Elle avait tant cherché le secret de la plaine, tant galopé, tant ramé sur les étangs... Et ce rêve qui ne la quittait pas... Maintenant tout était bien. Le dieu Ara tendait son bras vers les anneaux du port, les étangs ruisselaient d'étoiles dans la nuit de Noël, et Romain était là, dont le sourire naissait lorsqu'il la regardait.

Hélène Montarde

motifange

21 décembre 2008

La Photo écossaise

Noël s'édifie à coups de montagnes de dindes, de volailles, de mangeailles. Les rayons des grands magasins se vident, et sous la lumière un peu sinistre des avenues illuminées, les gens s'affairent dans la neige fondue toute noire déjà, tandis qu'aux carrefours, près des marmites résonnent les clochettes de l'Armée du Salut.

Alors qu'Henry se livre sans arrière-pensée à la joie de Noël, Dominique y redécouvre comme chaque année la même saveur de cendre, l'insatisfaction habituelle... A cette occasion, on va manger, se bâfrer, échanger des cadeaux en calculant que si la tante Ginette offre des étrennes de cinquante francs, on ne peut moins faire que de lui ristourner un cadeau de quarante-cinq francs. L'oie sera obligatoire au réveillon, Dieu sait quoi au Jour de l'An, et les guirlandes déposées, les calculs sordides repoussés jusqu'au Noël suivant, l'arbre séché allongé près des poubelles, les boîtes de conserves à peine enlevées par les camions à ordure, il va falloir subir le contrecoup d'un mois difficile à boucler; on se rattrapera sur le riz, les pâtes et les pommes de terre; la confiture "tous fruits" remplacera les bananes, et on se fera engueuler si on réclame de l'argent pour le ciné, ou si les chaussures vous lâchent...

Mais il paraît que cette manière de se conduire des grandes personnes est la seule raisonnable...

Alain Tersen

motifange

20 décembre 2008

Contes du bourreau - L'Enfant du fouet

- Bonsoir Louis!
- Bonsoir, Monsieur de Lodz!
- Je voulais vous demander: accepteriez-vous de me tenir compagnie en mon hôtel, le lendemain de Noël?
- Moi?
- Mais bien sûr!
- En vérité, Monsieur, je ne puis: mon incivilité, mon habit…

Louis était rouge de surprise et de confusion. Non, jamais, il n’oserait venir à l’hôtel de Luynes. Il aurait bon air, avec son habit grenat et ses manières de paysan, parmi les jeunes seigneurs à perruques et à talons rouges qui feraient la révérence dans les salons. Non, vraiment…

- Pardonnez-moi, Monsieur, de vous remercier, en vérité, je ne puis.

Henri cessa de sourire. Ses yeux bleus virèrent au noir. On commençait déjà à les regarder. Il prit Louis par le bras et l’entraîna avec lui. Louis n’aurait jamais cru qu’un bras si frêle pût être si brutal.

- Que croyez-vous donc, Louis? Je suis toujours seul et n’ai point d’amis. Je ne vous demande pas de gâter votre jour de Noël en ma compagnie, je vous prie seulement de me faire l’amitié de venir partager un seul jour ma solitude, alors que Noël est une si grande fête dans mon pays. Je vous demande à vous – il appuyait sur ces deux mots – de me faire cette amitié, car vous savez bien que je ne connais personne ici que vous, que je ne veux rien demander à personne ici qu’à vous…

Serge Dalens

motifange

19 décembre 2008

Deux rubans noirs

Le feu se meurt. Veillée de Noël. C'est vrai! Noël demain! Cette nuit plutôt.

Y aura-t-il une Messe de minuit? Non, le Père Aumônier est à la ville, bien loin, il prie parmi les hommes et rejoindra le refuge le plus tôt possible.

Et une messe demain? Oui, mais seulement pour le groupe B qui pourra descendre jusqu'à un village. Pour le groupe A, on a dû renoncer; le groupe A est déjà trop loin de toute église ou chapelle. Demain on lira seulement le texte de la messe, tous ensemble, avant de continuer le sauvetage.

Et un réveillon? Y aura-t-il un réveillon? Non, il n'y aura évidememnt pas de réveillon. Les rations doivent être économisées dans le cas où l'opération de prolongerait...

Quel étrange Noël sauvage, un Noël des premiers âges, sans orgues, cantiques ni réveillon, un Noël parmi les tourbillons de neige dans la tempête, mais un Noël de service et de sauvetage, de sacrifice et de rédemption.

Un vrai Noël d'année zéro, un vrai Noël de renouveau.

Pierre Labat

motifange

18 décembre 2008

Le Miroir de Léonard Stirky

Et le soir du 25 décembre, les sapins de lumière effacent les sapins des pistes avec leurs guirlandes multicolores, d'autres étoiles plus vraies que les vraies, la fête autour de la fondue, et la sortie dans les ruelles glissantes et animées de la Station. On presse des visages rieurs entre nos gants de laine, on distribue des "Joyeux Noël", partout, on transforme la nuit en un jour de fête, pendant que dans le lointain des montagnes et des torrents sonnent les cloches de la Nativité...

Un peu de mélancolie, beaucoup de fatigue, est-ce l'appréhension qui me gagne au sortir de la nuit de Noël ? Peut-être le coeur connaît-il lui aussi ses "gueules de bois"...

Dominique Mauriès

motifange

17 décembre 2008

Calendal

Le chemin qui serpente de colline en colline montait, montait toujours parmi les rocs et les éboulis. Tantôt à l’ombre des pins, tantôt à la lumière tamisée des chênes verts, le sentier escaladait les pentes qu’embaument le thym, la lavande et le romarin.
Le petit âne, de son allure tranquille et sûre, grimpait, grimpait toujours. Tantôt Naïs, tantôt Frédéri le montaient et le petit âne regardait gentiment celui qui marchait près de lui comme s’il voulait l’encourager.
- C’est ici, dit Frédéri. Tu vois Naïs, c’est là que la cabre d’or apparaîtra. Enveloppons-nous dans nos capes et attendons.
Bien enroulés dans leurs pèlerines, l’un contre l’autre, les enfants attendaient, mais, bientôt, vaincus par la fatigue, ils s’endormirent sur l’herbe odorante, rêvant à la cabre d’or. Là-bas dans un mas un père et une mère passaient cette nuit de Noël à chercher leurs enfants. Tout à coup, dans l’air immobile et parfumé de cette nuit étoilée, le son clair d’une cloche d’airain arriva jusqu’à eux et l’écho répondit doucement comme l’aurait fait une clochette d’or. (…)

Le soleil inondait la crête où les enfants s’étaient endormis sous la garde des étoiles et de leur petit âne.
Quand Naïs ouvrit les yeux, elle cria :
- Frédéri ! Frédéri ! Vite, réveille-toi ! La cabre d’or est venue, regarde un peu l’or, tout cet or pour aider le père et la mère. Vite, Frédéri, partons !
Serrant la bourse d’or, Naïs et Frédéri descendirent aussi vite que le permettaient les pattes de leur petit âne.
Et la joie fut si grande dans le pauvre mas, que tous en souvenir de ce beau jour lui donnèrent le nom de Mas Calendal*.

*Temps de Noël
Florence Houlet

ange

Calendal, paru en 1961 dans la Collection Signe de Piste junior, regroupe une quinzaine de contes de Noël, tous provenant d’une région particulière. Il y a les Noëls de Provence, parfumés à la lavande, les Noëls cévenols qui respirent l’air des montagnes, et les Noëls des quatre vents, peuplés de créatures mystérieuses.
Et puis il y a ces vieux Noëls de Provence, ces quelques chants qui se lisent comme des poèmes chargés de douceur et d’émerveillement.

Dans tous ces contes, on retrouve, de façons différentes, la magie de la nuit de Noël. Ces histoires courtes, à raconter à la veillée, en famille, enchanteront les plus jeunes comme les plus âgés. Elles pourront faire sourire ou essuyer une larme, mais on croira à la fin de chacune voir un petit ange voler ou une étoile scintiller.

motifange

16 décembre 2008

L'Etoile de pourpre

Les murs bleus de la Mosquée d'Omar scintillaient doucement sous la lune, tandis que la grande Croix dorée semblait veiller sur le monde. La Ville Sainte bourdonnait de rumeurs d'allégresse. Au ciel, l'Etoile brillait parmi les étoiles. (...)

Après la Messe, se forma le cortège. Venait d'abord le plus jeune des chevaliers, armé à la Pentecôte dernière, qui portait l'épée. Puis les enfants, les clercs, les diacres, les prêtres, le Régent, le Patriarche. Puis Jean dans son vêtement de neige, et derrière lui, frères d'armes et de sang, tous les garçons qui, sous les ordres de Raymond, faisaient leur apprentissage.

Dès que Jean passa à son niveau, Denis, grave et résolu, se glissa dans la procession et marcha derrière lui. Leurs regards s'étaient rencontrés. Bien qu'ils n'eussent pas échangé un signe, Jean sut qu'avant l'aurore toute joie lui serait offerte. Il inclina la tête. Encore ignorait-il que c'était son Roi, Baudouin IV de Jérusalem lui-même, qui allait l'introduire sur l'heure dans l'Ordre de la Chevalerie.

Ils parvenaient à l'Esplanade, et distinguaient les torches qui flambaient là-bas. Le Choeur entonnait le Psaume 44: "Dilexisti Justitiam et odisti iniquitatem..."

Pâle, les dents serrées de douleur contenue, Baudouin les attendait en haut des marches.

Serge Dalens

motifange

« Accueil  1  2  3   Page suivante »