Nous avons vu qu'il existait deux textes différents, selon les éditions, de Tempête sur Nampilly. Mais ce n'est pas tout : il existe même une troisième - ou plutôt première - version de ce texte. Voici le manuscrit, avec ses ratures, ses repentirs, ses changements. Et la prochaine édition ?


manusavant 1950

Lorsque pour la première fois Michel passa dans la cour, il sentit l’examen qui pesait sur lui et mesura parmi les élèves quel abîme le séparait des autres garçons : il n’y avait au collège que deux catégories essentielles : les fils de paysans, qui étaient très riches, et les fils de nobles familles, que l’étaient moins.

Michel était arrivé dans les débuts de novembre, avec un retard considérable ; un mois entier, avait fait remarquer le supérieur, - il savait d’avance qu’il ne travaillerait pas – parce qu’il ne le pourrait absolument pas. Mais il ignorait que dès son entrée en récréation, il serait mis hors la loi : il avait tout contre soi : ses habits rustiques, sa veste de velours, non pas une veste à la mode, avec un col à revers, mais une veste de chasseur, taillée toute droite, presque informe, munie d’un petit col rond à crochets de cuivre, un petit col ridicule qui devint en un quart d’heure la risée de l’établissement, et que lui portait désormais à l’égal d’une honte. Son pantalon, brunâtre sur les genoux, sur les cuisses et les mollets, noir sous ses plis : le drap profond s’était marqué comme de coups de serpe sur un vieux tronc. Des lourdes chaussures complétaient l’ensemble. Il ne pouvait pas les cirer, il les avait toujours graissées, et la chaleur des classes et des études, chauffant cette graisse, dégageait une odeur forte de vieille fougère et de sanglier, qu’aucun garçon ne pouvait interpréter, et qui augmentait encore la confusion de Michel et sa peine.

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