1998Il aura fallu presque trente ans pour arriver au texte définitif de Tempête sur Nampilly. Eternel insatisfait, Bruno Saint-Hill retouche, revoit, réécrit. Avez-vous déjà comparé deux éditions de ce roman ? Voici le texte paru en 1950 et celui paru en 1978. Cherchez les différences...


1950

Lorsque, dans les débuts de novembre, Michel arriva au Collège, il avait sur les autres élèves un retard considérable – un mois entier, avait fait remarquer le Supérieur – mais s’il craignait de ne pouvoir travailler, il ignorait que dès la première récréation, il serait mis hors la loi. Tout était contre lui, ses yeux trop pâles, ses cheveux trop courts, son air distant, ses habit. Sa veste de velours n’était qu’une veste de vagabond, sans revers et munie d’un col rond à crochets de cuivre, un petit col ridicule, qui devint, en dix minutes, la risée de l’établissement. Le pantalon de drap, brunâtre sur les genoux et les mollets, s’était marqué de plis noirs, comme se marquent des coups de serpe dans un vieux tronc. De lourdes chaussures, que Michel avait toujours graissées, dégageaient à la tiédeur des classes une odeur forte de vieille fougère et de sanglier : ce fut une cause supplémentaire de confusion. 


1978

Michel arriva au collège dans les débuts de novembre. Il avait sur les autres élèves un retard considérable – un mois entier, avait déploré le Père de Gillard, Supérieur de la Maison. Mais s’il craignait de ne pouvoir travailler, il ignorait que, dès la première récréation, il serait mis hors la loi.
Tout était contre lui, ses yeux trop pâles, ses cheveux trop courts, son air distant, ou absent, ses cheveux trop courts. Sa veste de velours n’était qu’une veste de vagabond, sans revers, et munie d’un col rond à crochets de cuivre. Un petit col qui devint, en dix minutes, la risée de l’établissement. Le pantalon de drap, brunâtre aux genoux et aux mollets, s’était marqué de profonds plis noirs, comme se marquent des coups de serpe dans un vieux tronc. De lourdes chaussures enfin, que Michel avait toujours graissées, dégageaient à la tiédeur des classes une odeur forte de fougère mouillée, de sanglier. Quelle cause supplémentaire de confusion !

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