Poursuivons, poursuivons, nous sommes loin d’avoir terminé. Dans la salle suivante se trouve le stand-librairie proposant à la vente romans, beaux livres, affiches, jeux de carte etc… C'est aussi l'une des plus belles de l’exposition. Consacrée aux «Grandes Œuvres» illustrées par Pierre Joubert, elle abrite les originaux de Rimbaud, L’Ile au Trésor, Le Livre de la Jungle et Angus.

Comme nous l’avons déjà constaté pour les couvertures Signe de Piste, la lumière que dégagent les dessins est bien différente de celle des livres. Ce regroupement de plusieurs tableaux illustrant une même histoire nous permet également de comprendre la façon dont Pierre Joubert adaptait son trait aux différentes œuvres sur lesquelles il travaillait.

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Si on connaît très bien Le Livre de la jungle, qu’il est facile de se procurer aujourd’hui et dont les dessins ont été souvent reproduits, il n’en va pas de même pour L’Ile au trésor et Angus. La polémique entourant ce dernier empêche d’ailleurs, à la lecture du livre, d’en apprécier les illustrations à leur juste valeur. C’est notamment le premier dessin qui retient notre attention (à gauche sur notre photo) : il aurait pu aussi bien illustrer un conte de Grimm, alors que nous sommes loin du conte dans l’histoire d’Angus !

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Notre ressenti de L’Ile au Trésor : on se croirait avec Jim sur l’Hispaniola. Débarrassé des textes, des coupes toujours gênantes des double-pages, du format peu maniable du livre, on entend presque le bruit des vagues et le cri des mouettes, le vent du large et la jambe de bois de Long John Silver sur le pont. Presque.

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Malgré les millions de petits détails que l’on remarque dans toutes ces illustrations, ce sont celles de Rimbaud qui nous en apprennent le plus sur le travail de leur artiste. Dans un coin, trois illustrations définitives sont surmontées de leurs «brouillons». Mais comment se fait-il que ceux aient survécus jusqu’aujourd’hui ? Renseignements pris, il s’avère que Pierre Joubert réutilisait ces feuilles pour faire un dessin définitif de l’autre côté. Nous imaginons donc que, derrière les trois ébauches que nous voyons ici, se trouvent en fait trois dessins «terminés». Etrange sensation que de voir deux versions d’un même dessin : elles sont à la fois si semblables et si différentes* ! La scène est bien sûr la même. La posture des personnages, les vêtements le message transmis : tout cela est identique. Et pourtant… L’intensité d’un regard change. Des yeux ouverts sur l’une, fermés sur l’autre. Un profil qui passe de trois-quarts, un personnage secondaire au départ qui finalement attire plus l’œil que le principal. Ce serait sous-estimer Pierre Joubert que d’attribuer tout cela uniquement à la mise en couleur de ces dessins. La preuve : les illustrations Signe de Piste, bien que toutes noir et blanc, sont sur-expressives. Si la couleur joue un rôle, elle n’est pourtant là qu’en renfort. Nous savions déjà que les dessins de Rimbaud montraient une facette de Pierre Joubert qu’il n’a – sauf erreur de notre part – pas réutilisé pour d’autres œuvres. Et aujourd’hui encore, par ces innombrables petits détails, elles nous en apprennent encore sur le Maître !

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Au premier étage, nous entrons dans l’univers scout de Pierre Joubert. Même si ces dessins, fort nombreux, occupent deux salles complètes, ce sont sans doute celles qui nous ont le moins passionnées – et celles dans lesquelles les "vrais scouts" passeront le plus de temps.

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Bien sûr, il y aurait de quoi s'arrêter des heures devant chacune des œuvres. Mais il s’agit principalement des dessins réalisés pour les Scouts d’Europe, relativement récents, que nous commençons à bien connaître, entre les calendriers, les rééditions, les posters et autres cartes postales encore disponibles chez plusieurs éditeurs. Citons pêle-mêle divers moments de la (dure) vie en camp scout : observation, orientations, constructions de ponts, de radeaux, cuisine, inspection, grands jeux, veillées… Camp scout ou guide, d’ailleurs. Et même à différentes époques. Et sous différents points de vue.

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Ce ne sont pas tant les scènes elles-mêmes qui sont intéressantes mais la façon de les traiter. Prenons les calendriers Scouts d’Europe comme référence. Sur un pan de murs, ils sont à proximité des fameuses scènes humoristiques (la marche à la boussole à travers un casino, le looping la terre à l’envers…). Ailleurs, ce sont toujours des scouts, évidemment, mais pour des calendriers belges. Dans la salle suivante, les dessins Guides : plus doux, plus féminins.

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100_1267cop4Ces deux salles nous emportent dans un véritable voyage à travers plus de cinquante ans d'histoire du scoutisme Nous partons des années 1990 pour traverser les années 1960 (Conrad et Raid Survie, deux Signe de Piste scouts), les années 1950 (les calendriers) et sauter, avec les vitrines, jusqu’aux années 1930, quand Pierre Joubert scout lui-même, "croquait" ses camarades de camp. Une conclusion ? Les charrettes de patrouilles semblent avoir de tous temps donné du fil à retordre aux scouts !

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A suivre…


* Est-ce que nous venons vraiment d'écrire une telle banalité ?

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