Les murs bleus de la Mosquée d'Omar scintillaient doucement sous la lune, tandis que la grande Croix dorée semblait veiller sur le monde. La Ville Sainte bourdonnait de rumeurs d'allégresse. Au ciel, l'Etoile brillait parmi les étoiles. (...)

Après la Messe, se forma le cortège. Venait d'abord le plus jeune des chevaliers, armé à la Pentecôte dernière, qui portait l'épée. Puis les enfants, les clercs, les diacres, les prêtres, le Régent, le Patriarche. Puis Jean dans son vêtement de neige, et derrière lui, frères d'armes et de sang, tous les garçons qui, sous les ordres de Raymond, faisaient leur apprentissage.

Dès que Jean passa à son niveau, Denis, grave et résolu, se glissa dans la procession et marcha derrière lui. Leurs regards s'étaient rencontrés. Bien qu'ils n'eussent pas échangé un signe, Jean sut qu'avant l'aurore toute joie lui serait offerte. Il inclina la tête. Encore ignorait-il que c'était son Roi, Baudouin IV de Jérusalem lui-même, qui allait l'introduire sur l'heure dans l'Ordre de la Chevalerie.

Ils parvenaient à l'Esplanade, et distinguaient les torches qui flambaient là-bas. Le Choeur entonnait le Psaume 44: "Dilexisti Justitiam et odisti iniquitatem..."

Pâle, les dents serrées de douleur contenue, Baudouin les attendait en haut des marches.

Serge Dalens

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