11 mai 2008
La reine Astrid, Histoire d'un mythe
Malgré quelques "oublis" de l'auteurs qui invalident la comparaison (la reine Astrid est morte deux ans avant la parution du Bracelet, elle était originaire de Suède et non de Norvège), voici une extrait de La reine Astrid, histoire d’un mythe, de Pascal Dayez-Burgeon (Editions Criterion, 1995) qui crée un parallèle entre la reine des Belges et le prince de Swedenborg.

"Par ailleurs, c’est peu de temps avant Küssnacht que, dans la collection Signe de Piste, parut Le Bracelet de vermeil, premier volet de l’histoire du prince Eric qui devait rapidement devenir un des sommets de la littérature scoute. De nos jours, l’imagination féconde de son auteur, Serge Dalens, et les illustrations très commentées de Pierre Joubert en ont fait, depuis une quinzaine d’années, une référence désuète et charmante. Replacé dans son contexte, la saga du Prince Eric est pourtant riche d’enseignements. Au fil d’aventures, d’ailleurs passionnantes, vécues par de jeunes scouts, il est question d’amitié, de fidélité, de pureté et de foi, toutes ces vertus dont, après guerre, on pensait avoir tellement manqué qu’il fallait à tout prix les inculquer à la nouvelle génération. Mais il y est aussi question de politique. Un des jeunes scouts, Eric Jansen, est en fait le souverain d’une petite principauté scandinave, Swedenborg, située à mi-chemin entre la Suède – la Suède ! – et la Norvège, et dont on précise, au passage, qu’elle est restée catholique. A un moment, le trône d’Eric est menacé. Un aventurier d’origine balkanique lui substitue un sosie et s’empare du pouvoir. Mais heureusement ses amis scouts veillent ; l’usurpateur est confondu, Eric restauré. Tout y est : le scoutisme, l’Eglise, la défense du trône et, qui plus est, l’élément scandinave, prétexte permanent de jeunesse, de blondeur et de pureté, aussi bien raciale que morale. La reine Astrid, bien sûr, n’apparaît à aucun moment dans la série du Prince Eric. Dalens a bien écrit un texte à la gloire du roi Albert, toujours illustré par Joubert, mais sans rapport avec son œuvre romanesque. Dans un roman pour adolescents, l’irruption de personnages réels aurait risqué de nuire à la spontanéité du récit. Même si, en juin 1940, Eric est décoré par Georges VI, il ne passe pas par Laeken. Et pourtant, le souvenir d’Astrid semble bien là, flottant sur Swedenborg et inspirant ce jeune monarque dont la couronne est aussi un sacerdoce. De sa mère par exemple, on nous dit qu’elle était une princesse scandinave très bonne et très pure. Une sorte d’Astrid en somme. Quant à Baudouin, son destin rappelle celui d’Eric. En l’honneur du prince Baudouin, qui a quinze ans lorsque son manuel paraît, Schoonjans cite une strophe de la saga de Blanche de Namur. « Le petit garçon aux yeux bleus / Aura la couronne de roi ; / Quand il l’aura reçue, / la tranquillité de sa jeunesse aura disparu. ». Dalens, lui, invoque la Bible lorsqu’Eric est couronné, et peut-être Montherlant : « Malheur à la ville dont le prince est un enfant ». L’idée est la même. Jeunesse, foi, destinée… Le prince des neiges – Eric, un moment, reçoit ce titre – n’est guère éloigné de la princesse des neiges."
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