23 juin 2007
A bove ante, ab asino retro, a stulto undique caveto*
Parution hier sur le blog de l’association Jeux de Piste (consacrée à la littérature d’aventure pour la jeunesse) d’un petit texte légèrement ? subtilement ? carrément incendiaire envers « les faux amis, les haineux, les jaloux, les critiques analystes, les ragoteurs, les Je-sais-tout, les fouilleurs de feuillées » du Signe de Piste. Allez savoir pourquoi, suite à quelques très vieilles histoires, nous nous sentons légèrement ? subtilement ? carrément visées par ce déversement de haine, jalousie, critique analysée, ragot, je-sais-toutisme, fouille de feuillées. Seulement la question se pose tout de même de savoir et de comprendre ce qui, d’un coup, a poussé l’association précédemment citée (ou du moins son président) à sortir de son habituelle torpeur pour se lancer dans des discours aboutis, réfléchis et argumentés (hum !) sur les compétences qu’elle suppose à ses collègues ? confrères ? concurrents, disons.
Revoyons donc nos dernières mises à jour, en étudiant de près ce qui aurait pu blesser ladite association.
La Gazette de Birkenwald
C’est sûr, chanter les louanges de Joubert, MiTacq, Jijé sur 32 pages, c’est pas tip-top pour la Collection. Pourtant l’organisateur de l’exposition a apprécié. Tant pis, la prochaine fois on dira que c’était moche, inutile, vulgaire, grossier, complètement nul. Et on se donnera même pas la peine d’y aller, on commentera de notre canapé. Comme ça on est sûres que le Signe de Piste en sortira grandi.
Le tome 2 de l’Intégrale
En quoi trouver que les images sont trop petites et trop serrées nuit-il à l’œuvre de Pierre Joubert ?
En quoi trouver que les six-filles n’ont rien à voir avec les Bérurier, que le survivalisme est une notion étrangère à la plupart des lecteurs, que l’ethos n’a pas sa place dans ce livre diminue-t-il le prestige de Pierre Joubert ?
Ou bien est-ce le fait de lancer le débat sur l’utilité de l’analyse de l’œuvre d’art et de citer à ce propos les avis contraires de Jacques Dutrey (spécialiste es. Joubert) et des éditions Delahaye (publié sur leur blog) ?
La réputation sulfureuse de Pierre Joubert
Apparemment, le texte est un peu long, ou peut-être un peu compliqué. Simplifions donc le propos et rappelons-en l’origine. La semaine dernière, Nelly, sur son blog, se demande d’où vient la réputation douteuse des dessins de Pierre Joubert et conclut (en gros) que ces dessins s’inscrivent dans la lignée de la représentation chrétienne du corps de gloire à travers celui de l’adolescent (vachement plus simple). La moitié de l’équipe de Nampilly lève un sourcil devant cette affirmation ; « Ah mais non. Il a loupé un truc, là ! » (l’autre moitié fait « oui, oui » d’un air pénétré mais inquiet, se demandant quel dictionnaire va pouvoir l’aider à décoder la suite) et se lance illico dans une contre-analyse, tentant de démontrer (apparemment avec peu de succès) que les inspirations de Pierre Joubert et des romans Signe de Piste seraient bien plus proches de l’adolescent néo-platonicien. Bon, ça fait un peu (beaucoup) discours d’initiés. Mais en quoi cela peut-il choquer ou porter atteinte au Signe de Piste en général et à Pierre Joubert en particulier ? Mystère… Quelques termes un peu crus, peut-être ? Parents, couvrez donc les chastes oreilles de vos louveteaux, et tenez-les bien à l’écart de la statuaire grecque !
Sinon là, avant la fin du week-end, on va mettre en ligne une fiche sur Dany, médecin des nuages en bande dessinée. Nous prévenons donc à l’avance : nous n’avons pas pour but, avec ce texte, de lapider la toute nouvelle maison d’édition du Signe de Piste, mais simplement de mettre ce livre en avant, vu que personne ne s’est encore vraiment penché sur lui.
Quant au Signe de Piste Nouveau, nous n’en parlerons guère avant la rentrée (à moins que de nouvelles infos tombent d’ici là). Simplement parce que nous avons déjà dit tout ce que nous en savions (qu’il a été racheté par Delahaye) et que nous avons déjà donné l’adresse du seul site susceptible de tout expliquer : signedepiste.fr, le blog officiel de la nouvelle Collection (ligne éditoriale, auteurs pressentis, dates des parutions, rééditions, maquettes…). Dire que c’est bien ? C’est déjà fait. Et puis quoi ? Pour le moment on sait juste que le label appartient (enfin !) à des gens qui s’en préoccupent vraiment. Oui, évidemment, c’est cool, c’est chouette, c’est grandiose, c’est la nouvelle de l’année. Bon, on va pas passer l’été dessus, on attend de voir les maquettes et les parutions. Avoir le nom, c’est bien, avoir des livres, c’est mieux.
Donc en fait, vu tout cela, il est clair que nous ne pouvons être concernées par le post de la très active et conviviale association Jeux de Piste. Il doit donc exister, sur le net ou ailleurs, des organes concernant le Signe de Piste que nous ne connaissons pas. Nous prions les quelques rares lecteurs qui daignent encore nous rendre visite d’excuser notre ignorance et de nous éclairer s’ils le peuvent.
*Prends garde au bœuf par devant, à l'âne par derrière, à l'imbécile par tous les côtés
Commentaires
Précisions
Bonjour,
Je voudrais apporter une précision sur votre lecture de mon article "sulfureux Pierre Joubert". Faire intervenir ici le platonisme me semble intéressant. Néanmoins, et Sandrine Alexie le dit elle-même, la théologie catho n'est pas son fort. J'ai peur d'avoir été mal compris sur deux points.
Dans le catholicisme, on ne s'affranchit pas du péché originel, que l'on porte dès le début de son existence. Le baptême permet d'échapper à ses conséquences éternelles (la damnation). L'Eglise considère en outre que les enfants n'y sont pas exposés, à ces conséquences, tant qu'ils ne peuvent pas les comprendre. Elle a fixé cet "âge de raison" à sept ans (pas quatorze).
Il n'y a donc pas à proprement parler, dans la vision catholique, d' "innocence" qui s'efface à douze-treize ans. La puberté n'est le moment d'aucun rite particulier chez les cathos, ou alors peut-être la confirmation, mais c'est discutable. Je ne pense donc pas que vous pouvez de ce fait utiliser l'argument "monde marqué par le christianisme latin ==> hostilité naturelle au Signe de Piste"
L'autre point, c'est celui des corps glorieux. Je n'ai pas affirmé que les dessins de Joubert participaient d'une représentation chrétienne du corps de gloire... pour la simple raison que, pour avoir un corps glorieux, il faut être ressuscité!
J'ai parlé, si je me souviens bien, de suspension du péché originel, ce qui confère un corps "préternaturel", c'est à dire le même que d'habitude, mais affranchi des conséquences physiques du péché. C'est le corps d'Adam dans l'Eden, avant la Chute. Selon les théologiens, ce corps est impassible, et a quelques autres qualités sympathiques que j'ai oublié. Graphiquement, il est gracieux et il a une connivence naturelle avec le monde qui l'entoure.
Voilà! En espérant ne pas avoir été plus compliqué que d'habitude...
Merci beaucoup de ces précisions et corrections, effectivement je suis peu versée en christianisme. Ma remarque venait surtout en fait du peu de représentation de "l'adolescence" par rapport à l'enfance, qui me semble-t-il -mais encore une fois cette religion n'est pas ma spécialité - symbolise plus l'innocence d'un corps sans ou absous du péché pour les chrétiens (à commencer par les évangiles). Je ne vois guère que les premières représentations du Christ en Dyonisos juvénile et androgyne qui rejoignent un peu ça... C'est pourquoi j'ai tout de suite pensé à l'idéal platonicien et à certains courants gnostiques qui montrent l'initiateur, le modèle ou l'Âme Parfaite si l'on veut sous forme de la Beauté adolescente et un peu androgyne. Maintenant le christianisme occidental a bien un peu redécouvert le platonisme à un moment et s'y resourcer ou du moins en reprendre quelques images ! :))
L'hostilité au Signe de Piste ? elle a beaucoup de sources, je pensais seulement à l'effet que les garçons de Joubert provoquaient, une sorte de réaction euh... soupçonneuse, "il y a de l'Eros là dessous". Naturellement qu'il y a de l'Eros dans un adolescent joubertien, mais ça aurait fait sourire bien des adeptes de Plotin et des écoles qui en ont découlé que l'on puisse confondre ça avec une sexualité débridée...
A bove ante, ab asino retro, a stulto undique caveto bis
Toujours sur le forum cité dans le message, "il parait que certains ont pris ces remarques à leur intention... C'est se donner bien de l'importance..."
Ah ben voilà, comme on le disait, ce n'était pas pour nous. L'argument est donc clos.
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