Trois posts, , et là, sur l'éternelle polémique "Le SDP est-il une collection pédophile" et les dessins de Joubert sont-ils, à l'instar des romans de la collection, "sulfureux" ?

L'auteur du blog laisse de côté l'analyse des romans de la Collection (de toute façon très dissemblables, autant d'auteurs, autant de fantasmes) pour se consacrer uniquement à la façon dont Joubert représentait l'adolescence, encore plus que l'enfance. Car c'est vrai que si les minots de Joubert sont souvent à croquer, sa peinture de l'adolescence est idéalisée dans une esthétique sublimée, mais à mon avis plus proche du platonisme (et du néo-platonisme) que de l'idéal chrétien. Il est même tout à fait dans ce courant d'érotisme juvénile, qui voit en la figure du kouros (et non de la fille, de la korê) le reflet sensible de l'Eros divin (encore qu'à côté des adolescents alanguis et langoureux de Michel Gourlier, ceux de Joubert aient la vénusté délicate du XV de France...).

Cet état de grâce passager, voué à la destruction du temps, qui ne tient qu'à l'âge et à la beauté, c'est l'idéal grec de l'adolescence, reflet du divin selon ce cher Platon. Or, bien que n'étant pas spécialiste en spiritualité chrétienne, il me semble bien que pour le christianisme, c'est plutôt l'innocence qui affranchit du péché originel et non la beauté, c'est-à-dire l'innocence de l'enfance, car au rebours de l'enfant présenté justement en modèle spirituel,  l'adolescent n'existe pas dans les Evangiles, alors qu'il est sur-représenté dans l'imaginaire grec. C'est le philosophe ou l'amateur de jeunes garçons  d'Athènes, de Sparte, de Thèbes ou d'Alexandrie qui considérait qu'il y avait "chute", donc perdition du Divin en gros avec la pousse de la première barbe. Pour le chrétien, l'innocence s'en va dès la puberté, donc le début de l'adolescence en toute logique. C'est peut-être pour ça que Joubert a pu paraître si "sulfureux" à un monde très marqué par le chistianisme latin, c'est-à-dire très anti-néoplatonicien.

Sur la question du Beau et du Bien, "les bons sont-ils les beaux ?" il y a toujours eu deux courants en Europe (on va laisser de côté les Puritains américains qui n'en sont qu'un surgeon). L'un, très suivi d'ailleurs à l'âge d'or médiéval (celui du 12° siècle), voyait effectivement une corrélation entre l'âme et le corps, et même dans les carnations. Le mauvais est laid, brun de peau et de poils et surtout difforme, marqué du diable puisque l'homme est à l'image de Dieu. Le preux est beau, a la face claire, et sa blondeur est signe de "droiture" (fair en anglais garde ce double sens). Mais dans cet imaginaire c'est moins la jeunesse du héros qui est sublimée, que le fait que cette jeunesse implique sa virginité, et donc l'absence de péché. Il y eut plus tard réaction religieuse et morale contre le corps, une certaine défiance envers la beauté visible vue comme occasion de péché (encore que cela ait visé beaucoup plus les attraits féminins), et une opposition presque gnostique entre la chair et l'âme : "le corps, cette guenille". C'est finalement une particularité de la civilisation chrétienne occidentale d'avoir vu dans l'idéalisation érotique de la beauté visible un détournement de la piété vers une forme d'idolâtrie. Dans les mondes marqués par l'héritage platonicien et plotinien, tel l'islam, on ne se pose pas la question, et la figure de l'adolescent(e) "parfait" ou "Témoin" de Beauté comme disent les mystiques persans (et pas plus néoplatonicien qu'un Persan) n'est pas du tout considérée comme "sulfureuse" mais c'est au contraire la tarte à la crème des étapes mystiques.

Sur les bandes de jeunes dans l'oeuvre de Foncine, ces "chasseurs rusés" et organisés en sociétés secrètes, vivant avec prédilection dans l'ombre et hors des lois, et sur leur refus d'entrer dans le monde adulte, de sortir de l'âge d'or, celui de la forêt sauvage, pour rentrer dans la Cité, on se reportera utilement au Chasseur noir de Pierre Vidal-Naquet.

Sandrine Alexie

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On note également, sur le même blog, plusieurs articles consacrés à la collection Signe de Piste (fouillez pour en voir plus, on n'a pas tout lu) :

--> Jean-Louis Foncine <--

--> Tourisme : au pays du Signe de Piste <--